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Reversal Theory : le modèle de Michael J. Apter appliqué au management

Photo du rédacteur: Laurence Vandeventer
Laurence Vandeventer
4 sept.
6 min de lecture


Pourquoi une personne peut-elle rechercher un défi un jour et avoir besoin de sécurité le lendemain ? Pourquoi un environnement stimulant pour un collaborateur peut-il devenir une source de tension pour un autre ?


Et pourquoi nos propres réactions peuvent-elles changer alors que la situation semble presque identique ?

Dans le monde du travail, nous cherchons souvent à expliquer les comportements à partir de caractéristiques relativement stables : personnalité, compétences, expérience ou style de management.


Réunion d’équipe dans une salle de conférence lumineuse, plusieurs collègues discutent autour d’une grande table.


Ces éléments sont importants. Mais ils ne suffisent pas toujours à comprendre ce qui se passe dans une situation précise.


La Reversal Theory, développée à partir des travaux du psychologue Michael J. Apter, propose une autre perspective : notre expérience motivationnelle est dynamique. Nous pouvons passer d’un état motivationnel à un autre en fonction du contexte, des événements et de la manière dont nous vivons une situation.


Une idée particulièrement intéressante lorsqu’on cherche à comprendre la motivation au travail, l’engagement et les dynamiques d’équipe.


Qu’est-ce que la Reversal Theory ?

La Reversal Theory est une théorie psychologique de la motivation, de l’émotion et de la personnalité développée à partir des travaux de Michael J. Apter et de ses collaborateurs.


L’une de ses idées centrales est que nous ne fonctionnons pas constamment selon les mêmes motivations.

Nos besoins et la manière dont nous interprétons une situation peuvent évoluer.

Une personne peut, par exemple, apprécier un cadre précis et structuré à un moment donné, puis rechercher davantage de liberté dans une autre situation.

Elle peut vouloir coopérer avec les autres, puis apprécier une situation plus compétitive.

Elle peut rechercher le calme et la sécurité ou, au contraire, prendre plaisir à l’intensité et au défi.


Ces variations ne sont pas nécessairement des contradictions. Elles font partie de notre fonctionnement motivationnel.



Pourquoi parle-t-on de « reversal » ?

Le mot reversal renvoie à l’idée de bascule ou de renversement entre différents états motivationnels.


Prenons une situation très simple. Un manager doit présenter un projet important devant la direction. La tension augmente.

À un moment, cette activation peut être vécue comme stimulante : le défi donne de l’énergie, augmente la concentration et crée une forme d’excitation.


Mais si la perception de la situation change, cette même activation peut devenir désagréable et être vécue comme de l’anxiété.

Le niveau d’activation n’explique donc pas tout.


Ce qui compte également, c’est l’état motivationnel dans lequel la personne se trouve et la manière dont elle interprète son expérience.

C’est précisément cette dimension dynamique qui distingue la Reversal Theory d’une lecture uniquement statique de la personne.


Les 8 états motivationnels de la Reversal Theory


La Reversal Theory décrit 8 états motivationnels, organisés en quatre paires.

Il ne s’agit pas de huit types de personnalité.

Une même personne peut expérimenter chacun de ces états et passer de l’un à l’autre selon les situations.


Sérieux ↔ Ludique


Dans un état davantage orienté vers le sérieux, l’attention peut être tournée vers un objectif, un résultat ou une conséquence future.

Dans un état davantage ludique, l’expérience immédiate, l’exploration ou le plaisir de l’activité peuvent prendre davantage de place.

Au travail, les deux peuvent être utiles.

Un projet nécessite parfois rigueur et anticipation. À d’autres moments, l’expérimentation et le plaisir de chercher une solution différente peuvent favoriser la créativité.


Conformiste ↔ Transgressif


L’état conformiste valorise davantage les règles, les normes ou le cadre existant.

L’état transgressif peut au contraire être associé au plaisir de dépasser une convention, de challenger une règle ou de faire autrement.

Une organisation a besoin des deux dynamiques.

Sans cadre, elle peut perdre en cohérence. Sans capacité à remettre le cadre en question, elle peut avoir davantage de difficultés à évoluer.


Maîtrise ↔ Sympathie

Dans un état de maîtrise, l’expérience peut davantage s’organiser autour de la puissance, du contrôle, de la compétence, du défi ou de la comparaison.

Dans un état de sympathie, la qualité de la relation, la proximité ou le lien avec l’autre prennent davantage d’importance.

Dans une équipe, certaines situations peuvent ainsi activer une logique de challenge tandis que d’autres renforcent le besoin de coopération et de relation.


Orienté vers soi ↔ Orienté vers autrui


Notre motivation peut également être davantage centrée sur ce que nous-mêmes retirons d’une situation ou sur ce qu’elle apporte aux autres.

Là encore, il ne s’agit pas de classer les personnes comme « égoïstes » ou « altruistes ».

La même personne peut rechercher son propre accomplissement dans une situation et prendre beaucoup de satisfaction à contribuer à la réussite d’un collègue ou d’une équipe dans une autre.

Nous ne sommes donc pas « un état »

C’est probablement l’un des points les plus importants à retenir.

La Reversal Theory ne cherche pas à déterminer : « Quel état êtes-vous ? »

Les états motivationnels peuvent varier.


C’est pourquoi une personne peut sembler très différente selon le moment, l’environnement ou la situation professionnelle.

Un collaborateur peut être extrêmement à l’aise avec le changement dans un projet qu’il maîtrise et rechercher davantage de stabilité lorsqu’il évolue dans un environnement qu’il connaît moins. Un manager peut apprécier la compétition dans certaines circonstances et rechercher une coopération très forte lorsqu’il doit traverser une période difficile avec son équipe.


Cette variabilité n’est pas nécessairement une incohérence à corriger.

Elle peut au contraire apporter des informations importantes sur la manière dont une situation est vécue.


Pourquoi cette approche est-elle intéressante pour le management ?


Le management repose souvent sur une question apparemment simple :

Comment motiver mon équipe ?

Mais cette formulation suppose presque qu’il existe une réponse universelle.

Donner davantage d’autonomie.

Fixer des objectifs.

Reconnaître les efforts.

Créer du challenge.

Donner du sens.


Ces leviers peuvent fonctionner. Mais pas nécessairement pour tout le monde, dans toutes les situations et à tous les moments.

Une approche inspirée de la Reversal Theory invite donc le manager à poser une question différente : « Qu’est-ce qui est mobilisateur dans cette situation, pour cette personne, à ce moment précis ? » Cette nuance change beaucoup de choses.

Elle déplace l’attention d’une recette générale vers une compréhension plus fine des dynamiques humaines.


Exemple : le challenge n’est pas toujours motivant

Imaginons deux collaborateurs auxquels un manager confie un objectif particulièrement ambitieux. Le premier peut vivre la situation comme un défi stimulant.

L’incertitude lui apporte de l’énergie. Il a envie de tester ses compétences et de voir jusqu’où il peut aller.


Le second peut percevoir exactement le même objectif comme une perte de contrôle.

L’incertitude génère alors davantage de tension que d’enthousiasme.

Le manager pourrait conclure : « Le premier est motivé, le second ne l’est pas. »


Mais cette interprétation est probablement trop simple.

Le problème peut être moins la quantité de motivation que la manière dont chacun vit la situation.


Reversal Theory et motivation au travail

Cette lecture permet également de comprendre pourquoi la motivation au travail n’est pas une ressource parfaitement stable.

Nous pouvons être très engagés dans une situation et beaucoup moins dans une autre.


Un environnement peut satisfaire certaines dynamiques motivationnelles pendant une période puis devenir moins adapté lorsque nos besoins évoluent.

Cela explique aussi pourquoi certaines actions managériales produisent des résultats très différents selon les personnes et les moments.

Comprendre ces variations permet de dépasser une vision dans laquelle le collaborateur serait simplement « motivé » ou « démotivé ».




De la Reversal Theory à l’Intelligence Motivationnelle


Comprendre qu’une motivation peut évoluer est une première étape.

Encore faut-il pouvoir observer ces dynamiques et apprendre à adapter son intervention.

C’est dans cette perspective que s’inscrit l’approche de l’Intelligence Motivationnelle utilisée par DynamiKMood©.


L’objectif n’est pas de déterminer une fois pour toutes comment fonctionne une personne.

Il s’agit plutôt de développer une capacité à identifier les dynamiques présentes, comprendre les variations et adapter l’accompagnement aux situations rencontrées.


Pour un manager, un responsable RH, un coach ou un consultant, cette lecture peut apporter une grille supplémentaire pour travailler sur l’engagement, les interactions, les périodes de pression ou les transformations.


Comment DynamiKMood© utilise cette lecture dynamique

DynamiKMood© transpose cette approche dans des outils destinés à mieux explorer les dynamiques motivationnelles.

La plateforme permet notamment de travailler autour de dimensions liées à la motivation, à l’engagement, à l’énergie et à la résilience.

Elle ne cherche donc pas à produire une nouvelle étiquette de personnalité.

L’objectif est de disposer d’informations permettant de mieux comprendre ce qui se joue dans une situation et d’ouvrir le dialogue.



De la théorie à la pratique professionnelle


Une théorie devient particulièrement intéressante lorsqu’elle permet de regarder différemment les situations du quotidien.

Pourquoi cette personne réagit-elle différemment aujourd’hui ?


Pourquoi une équipe qui fonctionnait bien rencontre-t-elle soudain davantage de tensions ?


Pourquoi une transformation mobilise-t-elle certains collaborateurs et en inquiète-t-elle d’autres ?


Pourquoi le même style de management produit-il des effets différents selon les circonstances ?


La Reversal Theory ne fournit pas une réponse automatique à chacune de ces questions.

Elle propose plutôt une grille de lecture permettant d’éviter certaines conclusions trop rapides et d’explorer davantage la relation entre motivation, situation et expérience.


Pour aller plus loin sur la Reversal Theory

DynamiKMood© consacre une partie de ses ressources aux fondements scientifiques de son approche, aux travaux autour de la Reversal Theory et à leurs applications.




Comprendre la motivation au-delà des profils


DynamiKMood© permet d’explorer les dynamiques motivationnelles et leurs variations afin de mieux comprendre l’engagement, l’énergie, la résilience et les interactions au travail.





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